Souvenir du Seigneur de Bonfim

« Une traverse est un élément fondamental de la voie ferrée. C’est une pièce posée en travers de la voie, sous les rails, pour en maintenir l’écartement et l’inclinaison, et transmettre au ballast les charges des véhicules circulant sur les rails. »

Avec un accent, ça conduit à une traversée.

Ben l’accent, on l’a mit. ça, c’est sur !

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 Alors, on est parti, 15 jours pour commencer. Les clés de la voiture, l’absence de carte, l’oubli, la négligence,  et puis le stress, tout ce stress. Plus d’endorphine depuis trop d’heures, l’avion, peu de sommeil, peu de lumière, le manque de nicotine, de THC… Mais avant, déjà bien avant, plusieurs heures avant le départ, la fête était déjà à l’ordre du jour.

On se retrouve en bas à moins le quart ? A moins dix je regrette déjà, la gueule, le stress, rien ne va, rien n’ira. On s’est promis ces vacances, on assume le choix. mais merde, 15 jours, ça va être long !

Et puis alors, l’aéroport, l’avion, le coup de la fenêtre. c’est con, mais je ne m’y fais pas. « Adapte toi, tu sais que je veux la fenêtre »… Olala, ça ne va pas le faire… Cette fois ci, j’ai besoin d’EXISTER.

Finalement, la route, ce n’est pas 250 km, mais 500 alors forcément, la fête continue, on atteint même les moments intenses, comme quand le marié passe l’anneau au doit de sa muse, comme quand l’eau coule sur le front du poupon, comme quand l’action atteint son paroxysme, d’une poursuite en hélicoptère où d’un coït incessant. 500km, sans carte et sur des routes défoncées, c’est facile, ça fait 9H.

9h à regretter ce départ, yeux humides, visage fermé, dents serrées, cerveau débranché. Hé non, cette fois ci, il ne démontera pas toute mon organisation, il n’ébranlera pas les rares acquis de confiance, ne remettra pas en question mon petit équilibre. Folle je suis ? mais oui, très certainement. Ne pas prévoir la route relève de la folie, c’est le terme. Neurone après neurone, synapse après synapse, la rébellion s’installe. Cette fois-ci, non, c’est trop et ça.. ça ne passera pas. J’assume. mes vacances, c’est du free style, et c’est comme ça que je m’éclate. Et si tu veux une carte, un GPS, des évaluations, des ETA… et bien tu te DEMERDES.

Arrivée dans le sud, excuses interposées de mon prince ‘oh so not charming’ auprès de notre hotesse. « Ah oui, je la plombe depuis ce matin, parce que je stresse un peu sur la route et sur le voyage mais maintenant que l’on est arrivés… Ahhhhh… je me sens mieux ». Eh oui, hop, forget it. demain sera un autre jour.

N’empêche que tout ça, ça fait son chemin. et que cette fois-ci, ça a été trop loin ! se protéger, laisser passer et courir ! loin .. ! vite !

Et deux jours après, retour de session, tombée du jour, en parcourant encore une nationale brésilienne pour revenir à casa, le ton monte, monte. Des menaces ? Pardon ? « Non, mais excuse moi, c’est quoi ce mouvement de ta main ? tu me menaces ? je dois te craindre ? craindre quoi ? tu vas te calmer.. Tu ne me parles pas comme ça ! »…Lui conducteur, moi passagère. ça aura suffit à réveiller le monstre. Un vent de folie s’engouffre dans la voiture, comme le vent chaud du nordeste. Les fenêtres sont grandes ouvertes. Il fait totalement nuit maintenant. Sa main prise d’un super pouvoir, son corps se mets à trembler. Il ne lâche pas le volant. C’est la main droite qui s’en charge. Mes cheveux me font mal, ça tire, beaucoup trop fort, ma tête est plaquée contre le fauteuil de la voiture. « De ça, c’est de ça que tu dois te méfier, je peux devenir fou, tu comprends ça ? je peux devenir fou, je peux te faire du mal, je ne contrôle plus »…

Silence dans ma tête, je n’entends plus rien, je ne bouge pas, ne réalise pas. Je sais que si je bouge, je termine dans la colonne des faits divers « crime passionnel, une française tuée dans une fiat dans le nordeste brésilien par son compagnon ». Je me vois défigurée, j’imagine mon visage projeté contre le tableau de bord. J’ai peur. J’AI PEUR.

Il sort de la voiture, mon cuir chevelu est en feu. Je ne bouge pas. pétrifiée.

Il revient, 5 minutes plus tard : « je te présente mes excuses… BLA BLA BLA »… Désormais plus rien ne compte.

La peur n’est pas une option dans un couple.

Au retour de Paris tu essaieras, tout en tendresse, chaleur, souvenir de notre histoire, plaisirs, envies. Tu y arriveras presque. Venir me chercher à l’aéroport ? me proposer un bain chaud ? ouvrir une bouteille de champagne ? : « non, sans façons merci » tout est clair maintenant.

Plus de deux ans, c’est suffisant. Amplement suffisant. J’ai eu le temps de t’apprécier, de m’attacher. Ce qu’il faut pour souffrir de cette séparation, mais j’ai eu le temps aussi d’être sure de mon choix, cette séparation est une évidence.

Et tant pis pour Noel.

Et tant pis pour le champagne.

Tu as été trop loin mon amour.